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Le deuxième monde

Ne vous est-il jamais arrivé de prendre le métro parisien et de vous croire à cent mille lieues de Paris ? À force de voir ce gentil capharnaüm, on peut rapidement y perdre la tête.

À la base vous y allez par commodité, car il est vraiment plus simple de l’utiliser pour se rendre d’un point A vers un point B. Sauf que cela se transforme souvent en une vraie expédition.

Pourtant dès le début, vous êtes plutôt content, car l’accueil vous parait chaleureux avec ces musiciens d’Amérique Central qui jouent de la flûte de pan. Vous prenez même le temps de les écouter. Et puis d’un coup, pendant que vous êtes là, le regard perdu dans vos pensées, un petit objet attire votre attention. Vous vous dites que non, ce n’est pas la chose à laquelle vous pensez, et malheureusement si : un Tampax usagé. Là, vous commencez à regarder de manière plus approfondie et vous vous apercevez que finalement tous les recoins sont remplis d’immondices.

Dans le dégoût, vous commencez à reprendre votre trajet en ne pensant plus qu’à examiner tous les couloirs. Vous arrivez sur le quai après avoir regardé 5 minutes le plan en vous demandant quel serait le trajet le plus cours et, vous attendez votre rame de métro. Vous constatez avec effroi que les voix sont encore plus dégueulasses que les couloirs quand soudain un nouveau bruit attire votre attention. Vous levez la tête et voyez, avec soulagement, que cela vient d’en face, où une espèce d’ornithorynque est en train de beugler avec sa bouteille de « villageoise » à la main. Et oui, malheureusement le métro est devenu un domicile fixe pour les SDF.

On pourrait croire que c’est un jeu, mais en se rappelant d’autres souvenirs on se demande si tous ces gens ne sont pas atteins de zoopathie à force de ne plus voir la lumière du jour.

Votre métro arrive enfin et vous vous précipitez vers une place assise en dur pour ne pas devoir vous lever en cas d’affluence. Comme vous êtes plus jeune et plus prompt que la petite vieille et bien vous avez réussi à vous asseoir avant elle, tout en vous défonçant le creux poplité. Mais ce n’est pas grave, car vous allez enfin pouvoir penser à autre chose et vous assoupir durant le trajet.

Votre périple commence et force est de constater que sur la station suivante et passim, les mêmes tableaux que précédemment se reproduisent. Et puis tout d’un coup, en plein milieu d’un tunnel, le métro freine brusquement et la lumière se coupe. Pas complètement, heureusement, et il n’est donc pas nécessaire d’être nyctalope. Vous commencez à vous demander ce qu’il se passe quand, au bout de 5 minutes, le conducteur se décide enfin à vous annoncer que suite à un problème technique, le courant a dû être coupé et qu’il va falloir attendre.

Vous essayez de trouver un côté positif dans l’histoire en vous disant que vous êtes assis et que vous allez pouvoir « dormir » un peu en attendant. Sauf que vous commencez à avoir un sérieux doute. Une odeur fort désagréable commence à vous monter au nez. Discrètement, vous essayez de vous rapprocher de votre aisselle en espérant qu’il ne s’agit pas de vous et constatez avec effroi que le remugle est à côté de vous.

Dans un élan de bonté, vous décidez alors de proposer à la vieille dame votre place assise en lui prétextant que vous ne l’aviez pas vue. Vous vous croyez enfin sauvé quand vous sentez quelque chose vous frôler. Votre regard se tourne et vous apercevez alors une chagasse qui vous regarde avec son plus beau sourire, pensant que vous êtes venu spécialement pour elle. Votre cœur ne fait qu’un tour, mais vous ne pouvez plus vous échapper, la rame étant bondée.

Vous priez alors de toutes vos forces pour que ce problème technique soit réparé. Et là, ô surprise, la lumière revient, le métro redémarre et vous atteignez enfin la prochaine station où vous vous précipitez pour sortir de l’enceinte du métro.

Une station Vélib’ est juste en face, vous finirez ainsi.