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Et si le 11 Septembre 2011 avait été comme ça…

Il serait plus simple de raconter une énième fois ce que j’ai fait ce 11 septembre 2001, comment j’avais appris la nouvelle et ce que j’avais ressenti, etc… Mais je trouve qu’il serait plus original d’imaginer ce qu’aurait pu être cette journée si ordinaire à son commencement.

Il faisait très beau cette journée sur Paris. Aussi beau qu’à New-York. J’étais parti travailler chez Célio, comme à mon habitude depuis plus d’un an déjà. J’étais toujours assistant et je m’occupais encore des caisses à ce moment-là. Mon copain de l’époque ne travaillait ce jour-là. Je le savais tranquillement à la maison. À 14h48, je revenais tranquillement de pause déjeuner et de toute façon il aurait été impossible de savoir en temps réel que quelque chose aurait pu se passer à des milliers de kilomètres d’ici. A 15h03, il en aurait été de même. J’aurais simplement repris mon travail depuis 3 minutes. Là où les choses auraient changé c’est à partir de maintenant. Car ce fut à ce moment là où des collègues m’auraient simplement demandé comment ça allait et ne m’aurait pas dit : « Hervé, tu es au courant de ce qu’il se passe ? La 3e guerre mondiale va peut-être commencer. On a attaqué New-York »

Oui, j’avoue qu’à ce moment-là, mes idées n’auraient probablement pas été de chercher à tout prix à joindre mon copain pour qu’il allume sa télévision et qu’il me dise ce qu’il se passe. Non, j’aurais peut-être pensé à lui mais je me serais probablement contenté de m’occuper de mon travail, de rigoler avec mes collègues. Et puis quand un collègue m’aurait appelé pour me dire que j’avais un coup de téléphone j’aurais pensé que ce devait être ma mère qui venait aux nouvelles et non pas mon copain qui venait me raconter ce qu’il voyait.

Ce qui aurait surtout été différent, c’est que je n’aurais pas eu une envie énorme de rentrer chez moi pour voir de mes propres yeux l’impensable. Ce qui aurait été différent c’est cette sensation d’impuissance, cette question qui me traversait l’esprit quand des touristes américains me demandaient un renseignement, tout sourire et que je n’avais qu’une envie c’est de leur dire : « Courez appeler votre famille ». Ce qui aurait été différent c’est que je n’aurais pas vu passer rue de Rivoli des véhicules de l’armée qui prenaient place un peu partout. Ce qui aurait été différent c’est cette agitation et frénésie mal saine qui régnait tout autour de moi. Et oui, normalement, un après-midi comme un autre aurait été des clients plus ou moins agréables et des conversations banales.

Puis vers 17h, en partant du travail, j’aurais pris le bus pour profiter du soleil et rentrer tranquillement chez moi. J’aurais juste envoyé un sms à mon copain pour lui dire. Ce n’aurait pas été l’inverse ou lui m’en avait envoyé des dizaines pour me tenir au courant minute par minute de l’avancement de la catastrophe. Ainsi, je n’aurais pas dû savoir en partant qu’une tour s’était effondrée.

En arrivant chez moi, j’aurais été content de retrouver mon copain et nous aurions parlé de ma journée banale et de sa journée de repos à la maison. Jamais je n’aurais eu l’idée de me jeter sur la télévision et Internet pour voir de mes propres yeux. Jamais je n’aurais été à ce point goinfre d’informations. Jamais je n’aurais mis en route l’enregistrement de LCI sachant que l’Histoire s’écrivait devant moi.

Le soir venu, nous serions allé prendre un verre avec des amis et nous serions couché tranquillement en attendant le lendemain matin qu’une nouvelle journée banale se passe alors que ce 11 septembre là il m’était impossible de quitter la télévision, il m’était impossible d’aller me coucher, il m’était impossible d’être moi, tout simplement.

Car, ce 11 septembre 2001, personne, ayant connaissance de ce qui se passait n’aura été le même et ne pourra plus jamais être ce qu’il était avant. L’Histoire s’était écrite. Mais il ne s’agissait pas de mon histoire ou de votre histoire mais il s’agissait de l’Histoire de notre monde moderne.