« Gaucho, Babouche, Connasse… »

Hier, alors que je revenais de chez un client en passant par le marais, j’ai assisté à quelque chose de révoltant.

J’arrivais par la rue Saint Croix de la Bretonnerie, côté Rue vieille du temple quand j’ai vu à 20 m devant moi, un type qui a failli se faire écraser en traversant sur le passage piéton, par une grosse Mercedes. Franchement, c’était limite et le pire c’est qu’on aurait cru que l’automobiliste avait accéléré sur le piéton. Ce dernier, révolté, a foutu un grand coup de pied dans la portière droite du véhicule.

Le conducteur, 1m80, 100 kg, costard et écharpe autour du cou, se dirige immédiatement vers le piéton, sans même aller voir les dégâts et commence à le frapper.

Le passager de la voiture sort à son tour et se dirige vers les deux hommes pour « essayer » de calmer le conducteur. Il y arrive tant bien que mal et ce dernier va alors voir la voiture qui a un joli trou. Il saute immédiatement sur le piéton et recommence à le taper. Je continue de m’approcher et commence à composer le numéro de la Police pendant que deux passants essaient de les séparer. Ils y arrivent enfin, le passager retourne vers le véhicule et se fait appeler par le conducteur qui lui demande de choper le piéton pour qu’ils lui prennent son portefeuille. Ils se jettent de nouveau à deux sur le pauvre malheureux qui se retrouve allongé sur le capot d’une voiture avec les deux types en train de le fouiller au corps. Les passants essaient de nouveau de les séparer. Les deux agresseurs lâchent alors prise, car ils ont récupéré le portefeuille.

Le conducteur se précipite alors vers son véhicule et y pénètre. Il en ressort une minute après et rend le portefeuille au piéton, mais garde une lettre qui était à l’intérieur. Le piéton constate immédiatement qu’il lui manque 20 € et les passants et témoins, dont moi, demandons immédiatement au conducteur de rendre à cette personne ce qu’il vient de lui voler.

Il refuse et commence à insulter tout le monde en les tutoyant. « Cassez-vous, ta gueule, connasse, gaucho, babouche, toi ferme-la sinon je te préviens je connais du monde. » La fille à qui il disait ça lui fait remarquer qu’ils ne se connaissaient pas et qu’il n’avait pas à la tutoyer et lui indique qu’il vient de tenir des propos racistes. Il a les yeux complètement exorbités et regarde tout le monde en continuant d’insulter tous ceux qui pourraient lui adresser la parole. Je lui demande de rendre l’argent et la lettre au piéton et lui indique que la police est en route. Il me répond « Sale gaucho, je l’attends avec plaisir la police, je connais du monde… ». Je l’arrête immédiatement, car pour moi, l’insulte suprême est de me faire traiter de « Gaucho ». Je lui réponds alors que ce n’est pas parce qu’on n’est pas d’accord avec ses pratiques qu’on est forcément de gauche et je lui sors ma carte de l’UMP qui lui cloue le bec immédiatement, devant les sourires des passants.

La police arrive au même moment. 6 personnes, dont moi, témoignons en faveur du piéton alors que le conducteur et son passager se retrouvent tout seul avec deux agents. Les policiers qui nous écoutent prennent toutes nos coordonnées. Le piéton va aller déposer plainte, mais malheureusement je suis le seul à pouvoir aller témoigner au commissariat. Les autres indiquent qu’ils ne sont pas de Paris et qu’ils doivent repartir, mais que s’ils doivent aller témoigner dans leur commissariat de leur ville il n’y aura pas de problème.

La fille qui s’est fait insulté de « babouche » veut déposer plainte pour propos racistes, mais ne peut pas nous suivre, devant aller chercher sa fille à l’école. Le policier lui confirme qu’elle peut déposer plainte ultérieurement.

Nous partons alors pour le commissariat de police. L’agresseur est interrogé en premier, puis le piéton. Pendant ce temps-là, un policier vient me voir et m’indique qu’ils pourront m’entendre que d’ici 3 ou 4h et que si je préfère, ils me rappelleront pour prendre ma déposition. Sur le coup, j’accepte, mais en sortant je me dis que quelque chose n’est pas logique. Les deux premiers protagonistes sont entendus en 20 minutes et, alors qu’il n’y a personne dans le commissariat on me dit que moi je devrais attendre 3 à 4h. Bref, je rentre chez moi.

Ce matin, le piéton m’appelle, car je lui avais donné mes coordonnées. Il me demande alors si j’ai fait ma déposition. Je lui explique alors et là il reste stupéfait. Les policiers lui ont dit qu’ils avaient enregistré la déposition de tous les témoins, dont moi. Je lui dit que c’est faux et que de toute façon j’étais le seul à m’être déplacé. Ils lui ont menti.

Là, il me raconte comment son interrogatoire s’est passé : les policiers l’ont menacé de le mettre en garde à vue 48 h s’il déposait plainte pour coup et blessure et s’il déposait également plainte pour vole. Ils lui répondent que s’il met ça dans sa déposition, ils l’accuseront de propos diffamatoires. Il leur rétorque qu’il lui manque 20 € et que ce sont eux qui lui ont rendu sa lettre. Ils répondent que du moment qu’on lui a restitué le portefeuille et la lettre cela ne peut pas être considéré comme un vol. Pour les 20 €, c’est de la diffamation.

Au final, le pauvre ressort de là avec une plainte contre lui pour dégradation et lui n’a pas pu déposer plainte sous les menaces des policiers. Je lui ai dit qu’on ne pouvait pas lui refuser son dépôt de plainte et que je lui suivrai dans ses démarches. Il va écrire directement au procureur.

Je suis outré du revirement de situation, car en partant du lieu de l’altercation, les policiers étaient acquis à la cause du piéton vu le nombre de témoignages. Une fois au commissariat, tout a changé. Je suppose alors que ce charmant conducteur a appelé des connaissances pour faire pression.

Elle est belle la justice française.

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