Surprise !!!

D’après les chiffres que j’ai pu entendre ici où là, il y aurait eu, hier, un agent de la fonction publique sur 3 en grève. J’aurais pensé que la mobilisation aurait été plus importante en ces temps de climat social houleux.

Différents mots d’ordre pour cette mobilisation : le nombre de suppressions de postes dans l’éducation nationale, la même chose chez les fonctionnaires et surtout la baisse du pouvoir d’achat.

Pour une fois, je comprends ce mécontentement même si je ne le soutiens pas. Il est clair que cela peut faire peur de devoir faire le même travail avec moins de moyens humains. De plus, la baisse du pouvoir d’achat est unanimement admise par toute la population française, et ce depuis 7 ans comme l’ont dit plusieurs fonctionnaires lors de différentes interviews.

Mais qu’a-t-il pu bien donc se produire il y a 7 ans pour que l’argent des Français semble disparaitre chaque jour un peu plus vite ?

Deux raisons : l’une reconnue par tout le monde et l’autre uniquement par la droite.

La première est le passage à l’euro le 1er janvier 2002 qui a eu pour effet que les prix ont, comme par enchantement, eu la fâcheuse manie d’être arrondi par le haut. Avec tous les intermédiaires, au final l’augmentation était en moyenne entre 3 à 5 % pour les produits en 1 an.

Mais la vraie raison insidieuse a été le passage aux 35 H. Aujourd’hui, même une partie du PS admet que les conséquences économiques ont été désastreuses. Les purs et durs diront que la productivité française est l’une des meilleures au monde, mais les autres regarderont en profondeur et sur les années qui ont suivi pour se rendre compte que les salaires ont jamais si peu augmenté. Il fallait bien répercuter de manière discrète le surcout de 35 h payées 39 h. D’un coup, le surcoût fut de 10.27 % pour chaque entreprise française. Malgré les aides diverses et variées et ont compensées ce coût supplémentaire, cela n’a pas suffi. D’autant plus que les aides fiscales étaient ponctuelles. Il fallait donc, pour chaque entreprise impacter ce surcout, soit sur le prix de vente, soit sur la stagnation des salaires. Les deux cumulés ont fait que les tarifs se sont envolés et les salaires n’ont pas suivis.

Aujourd’hui, tous les économistes s’accordent à dire que la première raison de baisse du pouvoir d’achat n’est pas la hausse des prix, mais la « non-hausse » des salaires.

Il faut donc s’attaquer au problème de ce côté-là. Il y a encore une différence entre le privé et la fonction publique à ce niveau. C’est que la fonction publique a une hausse minimale globale alors que dans le privé c’est au cas par cas. Ainsi, dans le privé, si votre travail n’est pas satisfaisant, dans le meilleur des cas, ou si le délit de sale gueule s’applique, vous pouvez rester 20 ans sans la moindre augmentation, hormis si vous êtes au SMIC. Dans toutes les boites où j’ai bossé, le problème de l’augmentation du SMIC créait un problème. Tous les employés qui avaient ce salaire rattrapaient inexorablement les salaires supérieurs qui n’étaient pas augmentés. Ainsi, les marges entre simple employé et agent de maitrise ou cadre devenaient quasiment inexistantes. Je me rappelle qu’au moment où je suis parti de chez Célio, un vendeur gagnait 30 € de moins qu’un assistant alors que 5 avant il y avait 90 €.

Ainsi, les idées proposées aujourd’hui pour que les salaires augmentent, et je parle de tous les salaires, c’est d’enlever aux entreprises les exonérations de charges qu’elles pourraient avoir, si elles n’augmentent pas leurs salariés. Dans le secteur public, la question ne se pose pas puisque c’est le gouvernement qui décide de l’augmentation minimale. Après je ne sais pas comment fonctionne le reste, à savoir si chaque personne peut avoir une augmentation qui lui est propre ou si c’est uniquement le système global qui s’applique. Mais dans tous les cas, c’est le gouvernement qui donnera l’impulsion de base.

En conclusion, oui je comprends que les employés de la fonction publique ont pu faire grève même si je ne suis pas d’accord avec tous les motifs. Le seul moyen aujourd’hui de faire augmenter de manière conséquente le pouvoir d’achat est de trouver un système pour pallier au gel des salaires depuis les 35h. Enfin, il peut y avoir également une baisse des prix si les distributeurs pouvaient enfin négocier leurs prix. Il faut savoir qu’une étude entre la France et l’Allemagne fut réalisée pour comparer les prix. 60 % des produits français sont plus chers qu’outre-Rhin. Et l’étude a démontré que ces tarifs prohibitifs étaient en majorité dus à cette impossibilité de négociation. Il y a donc bien des leviers à actionner pour faire bouger les choses. Et pour une fois, ce n’est pas le citoyen qui sera mis au milieu.

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