Alexandre, 15 ans, violé à Dubaï

Violé le 14 juillet à Dubaï, Alexandre, 15 ans y retournera pour assister le 7 novembre au procès de ses agresseurs. Il y a quelques semaines encore, il risquait d’être, lui, poursuivi en justice pour homosexualité, un crime selon les lois de l’Émirat, et risquait jusqu’à un an de prison.

Révélée par une enquête de Libération, l’histoire du viol d’Alexandre et de l’insistance de ses parents pour obtenir justice en dit long sur les efforts des autorités de Dubaï pour préserver l’image d’un monde sans homosexuels, ni violence, ni sida.

Le 14 juillet donc, en fin d’après-midi, Alexandre sort d’une salle de jeu quand des hommes supposés le déposer chez lui en voiture l’emmènent sur un terrain vague et le sodomisent tour à tour sur la banquette arrière de leur voiture. Ils le relâcheront plus tard face à un grand hôtel. Alex et son père vont porter plainte à la police.

A sa surprise, après un bref examen, Alexandre s’entend dire par le médecin légiste: « Tu es homosexuel, tu peux me le dire, avoue ! » Le même médecin écrit dans son rapport n’avoir pas trouvé de preuve de pénétration forcée et mentionne une « utilisation fréquente antérieure » de l’anus.

A Dubaï, trois hommes parmi lesquels un mineur ont été arrêtés le 15 juillet au soir. « Au début, je croyais en leur justice« , se souvient Véronique Robert, sa mère, une journaliste indépendante qui vit à Paris. Et puis, les autorités tentent de les décourager de porte plainte.

Le 2 août le sous-chef de la police de Dubaï contacte le consulat de France pour leur affirmer que les analyses ADN indiquent que les hommes sont bien les agresseurs, et ajoutent qu’ils ne sont pas porteurs de maladie. Mais pendant la semaine qui suit les parents du garçon n’arrivent pas à obtenir confirmation de ces tests. Les diplomates français insistent à leur tour.

Le 15 août, la police appelle l’ambassade et assure à son premier secrétaire Franck Vermeleun, que les agresseurs sont séronégatifs. Surprise le 31 août, sur un document officiel, un des avocats de la victime apprend qu’un des deux hommes est séropositif. Il a été testé en 2003 lors d’un séjour en prison.

Ce ne sera pas la seule information que les parents d’Alex obtiendront après à l’arrachée. Le 3 octobre, on assure à Véronique Robert que l’agresseur séropositif ne souffre d’aucune autre maladie transmissible. Le 7, elle apprend qu’il a une hépatite depuis trois ans.

Selon sa mère, en attendant des derniers tests, Alexandre ne pourra être assuré avec certitude qu’en janvier qu’il n’est pas séropositif. « Est-ce qu’ils se rendent compte qu’ils ont joué avec la vie de mon fils ? Dans le cas d’un viol sans préservatif, on met immédiatement la victime sous trithérapie. Ça aurait dû se faire…« , s’indigne Véronique Robert, qui compte donc déposer une plainte contre le cheikh Mohammed al-Maktoum, l’émir de Dubaï, contre le procureur général et contre le médecin légiste qu’elle accuse d’avoir fait un faux rapport médical.

Alexandre est aujourd’hui en internat en Suisse. Il a quitté Dubaï début octobre selon sa mère parce qu’il risquait d’être poursuivi en justice pour homosexualité. Elle reviendra avec lui à Dubaï le 7 novembre pour le procès des deux violeurs présumés (le troisième est mineur). « C’est bien pour sa reconstruction qu’il puisse parler, qu’il puisse voir ses agresseurs en face« , croit-elle, « on ne peut pas demander la justice et refuser d’y aller ».

Les deux hommes seront jugés pour kidnapping et homosexualité (le viol d’un homme n’existe pas dans le droit émirien, qui parle d' »homosexualité forcée« ).

Le procureur Khalifa Rashid Bin Demas a indiqué au New York Times qu’il comptait réclamer la peine de mort contre les deux hommes. Véronique Robert assure qu’il n’en sera rien et que les auteurs de viol écopent en général de peines de quelques mois de prison aux émirats. « On va être très clair« , dit-elle encore, « je ne peux pas combattre l’archaïsme des émirats et demander la peine de mort.« 

Depuis, elle a monté un site, Boycottdubai.com, sur lequel elle demande à ce que l’émirat reconnaisse les victimes de viol et leur assure des mesures préventives contre les maladies transmissibles. Elle dit avoir recueilli d’autres histoires similaires, comme celle d’une jeune femme violée en 2002 qu’on a accusée d’être une prostituée.

Comme elle est la première à le reconnaître, Véronique Robert n’a pas un profil ordinaire. Elle a un bon carnet d’adresses, qui compte plusieurs personnalité de droite. Dès le 18 juillet, elle avait eu rendez-vous avec Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée, et obtenu que le cas de son fils soit évoqué « au plus haut niveau » quelques jours plus tard, lors d’une visite du président de la fédération des Emirats Arabes Unis à Paris.

Pour obtenir gain de cause, elle a pu compter sur le soutien de toute la diplomatie française . Elle avait suffisamment de contacts pour appeler le professeur Luc Montagné, le co-découvreur du virus du sida, quand elle se posait des questions médicales. Ou obtenir que le New York Times se plonge dans l’affaire (il en a fait sa une).

Source : Planète-Elea

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