Plaidoyer de Canal + : « Éducation Nationale, un grand corps malade. »

Diffusé ce soir sur Canal +, ce documentaire réalisé sur l’année scolaire 2006 — 2007 a mis en exergue les défauts de notre système d’apprentissage, actuellement en France.

Le reportage démarre d’une constatation très simple : à la fin de la première année d’université, 50 % des élèves échouent à leur examen et sortent du système ou se réorientent.

Alors, une question se pose : pourquoi, un an auparavant, 80 % d’entre eux ont eu le bac ? Est-ce un manque de motivation sur cette première année ? Est-ce une erreur d’orientation ? Ou alors est-ce que le niveau demandé est complètement surélevé par rapport au niveau réel des élèves ?

Pour répondre à toutes ces questions, se sont majoritairement des enseignants actuellement en poste. Et leurs mots ne sont pas assez durs pour dénoncer les méthodes et les programmes proposés (imposés) par l’Éducation Nationale.

L’un d’entre eux, indique qu’un niveau Bac+5 d’aujourd’hui, correspond au niveau de l’examen du Baccalauréat d’il y à 50 ans !!! Et on nous montre comment les copies sont corrigées et quelles sont les consignes ! On voit alors une « Note confidentielle » de l’Éducation Nationale qui explique comment calculer les notes et dans quels cas rajouter des points. Il s’agit de la correction du Bac S pour l’épreuve des Mathématiques. Cela commence par expliquer qu’il ne faut pas tenir compte des erreurs de calcul et qu’il faut déjà attribuer 2.5 points si la méthode est bonne, et ce, durant toute la copie. Même si 3×5 font 12, ce n’est pas grave. Ensuite, si l’élève arrive à faire l’une ou l’autre partie de je ne sais plus quoi, alors il a 3 points sachant que l’on ne peut pas faire la deuxième partie sans la première. Mais s’il essaie, il aura les points. Bref, au final et sans avoir fait grand-chose, on a déjà 9 points.

Un professeur de philosophie explique qu’en vingt ans, elle a vu les niveaux baisser à un tel point que si elle avait gardé son système de notation, la moyenne de la classe serait entre 3 et 4. Comme les jeunes d’aujourd’hui ne connaissent que très peu de vocabulaire, ils font sans cesse des incompréhensions de texte et tombent souvent dans le non-sens.

Un autre explique que chaque année dans une très grosse académie, faute d’avoir assez de correcteurs, des milliers de copies ne sont pas corrigées et leur note est attribuée par logiciel, en fonction de leurs notes durant l’année et du niveau des copies corrigées. Un algorithme se crée et c’est comme cela que les notes tombent, bien évidemment, la moyenne de ces copies est supérieure à 10. L’Éducation Nationale n’a jamais démenti ces informations et pratiques.

Puis on voit apparaitre un professeur d’anglais qui fait un cours de grammaire française pour expliquer à ses élèves la similitude entre les deux langues et les différences. On voit le cours en direct et l’on reste stupéfait par l’ignorance des élèves qui confondent le présent et le passé composé ; qui ne savent pas ce qu’est une proposition, qui ne reconnaissent pas le conditionnel… Bref, faire du français en anglais… Ou est la logique ?

On remonte petit à petit dans les niveaux de classe pour arriver à l’école primaire et l’on nous montre les méthodes d’apprentissage du calcul, de l’écrit et de la lecture. Le principe français est désormais que l’élève doit se créer lui même sa façon d’apprendre. On ne doit plus lui imposer une méthode, c’est à lui de se créer la sienne. Ainsi, on nous explique que pour apprendre à faire une division, on donne 233 € à 7 élèves et on les regarde faire pour se les partager. Ils vont se donner successivement 1 € chacun et l’on regardera ensuite combien ils ont. Voilà la méthode. Finalement, ils font de la soustraction à répétition pour faire une division. D’abord j’enlève 7 € puis encore 7, etc. jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.

Un inspecteur d’académie a même osé dire : « cela fait 3000 ans qu’on leur apprend à lire, écrire et compter, il serait temps de leur apprendre autre chose » !!! Je vous laisse admirer l’intelligence de la phrase.

Tous ces professeurs, eux-mêmes, disent que nous sommes en train de créer des générations de crétins et de chômeurs.

Enfin, ces mêmes professeurs nous expliquent comment Gilles de Robien a tout fait pour revenir aux anciennes méthodes et comment il s’est confronté à un mur dans le ministère. Entre les déclarations qu’il a faites et les textes qui viennent de paraître, c’est exactement le contraire. Aujourd’hui, un ministre de l’Éducation Nationale n’a plus aucun pouvoir de décision dans son ministère, car dans les bureaux on décide à leur place. Une lecture du Bulletin Officiel a été faite et on nous a relaté à plusieurs reprises les désirs du ministre, tout s’oppose.

Et on rajoute à tout cela qu’avec le Syndicat national SNES-FSU, ce n’est pas près de changer, puisqu’ils sont contre le système d’imposer à l’élève une méthode. Sauf qu’aujourd’hui, la majorité du corps enseignant est pour le changement, mais que les syndicalistes font systématiquement pression et menacent de grèves.

Je vous conseille fortement de regarder ce documentaire qui sera diffusé les jours qui viennent. Je ne vous ai pas dit 5 % de tout ce que l’on peut apprendre à l’intérieur. Je crois que l’opinion publique a le devoir de savoir que l’on conduit leurs enfants au chômage et que tout le corps enseignant veut changer le système, mais qu’une minorité bloque le tout.

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